Les premières semaines du projet Étudiants dans la course sont une période fascinante. Les premiers entraînements sont un véritable laboratoire de relations humaines. Jeunes et futurs mentors se découvrent et apprennent à se connaître. Premier défi de taille: apprendre les noms de tous et chacun. La sonorité de bon nombre de ces prénoms confirme la grande multiethnicité de Montréal. Bel exercice de mémoire!
Au gré des entraînements, la formation de cette nouvelle microsociété est scrutée par les membres du comité Mentorat. Des notes sont prises en vue du jumelage jeune-mentor vers la mi-décembre. Une attention particulière est portée aux liens qui semblent se former naturellement, aux atomes crochus. Mais il faut aussi tenir compte des rythmes de course, du besoin d’encadrement, de l’expérience et de la disponibilité des mentors, etc. Pas toujours simple d’agencer toutes les pièces de ce casse-tête, surtout en sachant que le lien jeune-mentor est une clé du succès d’EDLC.
Après quelques semaines, le jumelage est devenu un sujet majeur de discussion et de préoccupation dans certains cas. Les jeunes sont impatients de savoir qui sera leur mentor, et nous commençons à recevoir des «demandes spéciales». Pour les mentors, la situation est bien différente. Nous faisions face cette année à un «beau» problème. Il y avait plus de mentors potentiels intéressés que de jeunes à accompagner. Une fois tous les jumelages confirmés, il n’était pas facile de dire à des adultes hypermotivés qu’ils ne pourraient pas être mentors cette année. Bien sûr, la porte reste grande ouverte pour qu’ils viennent courir avec EDLC, mais à titre de partenaires de course. La déception de certains était évidente et très compréhensible.
C’est finalement le 11 décembre que les jumelages ont été officiellement annoncés. Après notre entraînement dominical, jeunes et mentors ont été invités à déjeuner au restaurant. La mise en scène était simple mais très efficace. Sur chaque table, une feuille avec les noms des duos. Pour notre plus grand plaisir, un beau sourire s’est dessiné sur le visage de la quasi-totalité des jeunes lorsqu’ils ont trouvé leur place dans la salle. On m’a rapporté un seul cas de «baboune» initiale, mais si je me fie à la gaieté des échanges durant le repas, la déception n’a été que de courte durée. Donc mission accomplie pour le comité Mentorat. Nos observations étaient justes. Toutes les pièces de notre casse-tête sont tombées en place, et le résultat est beau à voir!
Au moment où vous lirez ces lignes, la frénésie du temps des fêtes ne sera plus qu’un souvenir. Histoire de faire durer un peu plus la magie de Noël, je vous propose un conte moderne version EDLC. Pour faire une histoire courte, un jeune sélectionné a fait coup sur coup deux bêtises qui ont mené à son exclusion rapide au tout début du projet. Vous comprendrez que je ne peux pas donner de détails pour préserver la confidentialité des principaux intéressés. Mais disons qu’il s’agissait de manquements clairs aux valeurs d’EDLC. Quelques semaines plus tard, des places s’étaient libérées après l’abandon de deux participants. Le hasard a voulu que nous rencontrions l’intervenant du jeune en question à ce moment. Celui-ci nous a expliqué que le jeune avait été ébranlé par la décision de le retirer du projet, mais qu’il avait pris conscience de ses erreurs et qu’il continuait à s’entraîner en solo. Prenant la balle au bond, nous avons rencontré le jeune et sondé son intérêt à revenir dans EDLC. Quand nous lui avons parlé que nous pourrions le reprendre si le comité organisateur donnait son aval, il a retenu ses larmes par pur orgueil. Même les coeurs les plus durs n’auraient pas pu rester insensibles à sa réaction. Il nous a même dit qu’il conservait toujours dans leur boîte les souliers de course reçus avant son exclusion.
Finalement, le comité organisateur a accueilli notre recommandation, et nous avons transmis la bonne nouvelle à l’intervenant. Celui-ci a profité du souper spécial de Noël pour lui annoncer la nouvelle. Le moment ne pouvait pas être mieux choisi… En effet, cette soirée devait être un moment de réjouissance, sauf que ce n’était pas son cas. Le jeune vivait une déception et observait les autres sans parler. Lorsque l’intervenant il lui a remis le document, le jeune ne voulait pas le lire immédiatement. Il voulait le faire en fin de soirée dans sa chambre. Son éducateur l’a invité à en prendre connaissance. Puis ce fut l’accolade et les yeux remplis d’eau…
Cette année, je crois qu’un jeune s’est remis à croire au père Noël!


